Prendre son temps peut souvent se révéler bénéfique. À contre courant, certains jeux tentent de réinventer des formules éprouvées depuis des lustres alors que d’autres ne font que copier celles qui cartonnent. Moi qui suis, dans mon métier, dans une équipe de recherche et développement en informatique, il m’arrive souvent d’essayer des choses, de recommencer, de prendre mon temps et de privilégier la qualité à la quantité. C’est pourquoi ma vie de gamer a souvent un réel besoin d’adrénaline grâce à des jeux poussifs voire violents. Avec Absolver, j’ai dû freiner mes ardeurs car la promesse d’un jeu de baston avait de quoi me satisfaire mais une grande vigueur était de mise pour arriver au bout de l’aventure.

Absolver

Mon personnage avec sa cape d’Absolver, juste après avoir battu le boss final

Le titre de Sloclap vous fait incarner un personnage dont vous choisissez le sexe, l’apparence et le style de combat – en plus d’influer sur vos mouvements, cela détermine aussi la difficulté globale du jeu – afin de devenir un Absolver. Cette quête de pouvoir apprise dans une école de combat n’a qu’un seul but, vous faire monter d’échelon à condition de vaincre 9 ennemis désignés sur une grande carte ouverte. À l’image d’un Dark Souls (la saga de From Software semble être une grande source d’inspiration), le monde est divisé en plusieurs secteurs reliés entre eux sans un seul temps de chargement, chacun étant gardé par un Masqué. Les six Masqués ainsi que Kuretz, Kilnor et Cargal, trois boss plus puissants, doivent être vaincus avant de pouvoir rencontrer Risryn et démarrer la bataille finale pour décrocher le titre d’Absolver.

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Ce beat them all ressemble cependant plus à For Honor avec le rythme et la construction d’un Souls, empruntant au premier son système de combat et au second son feeling général. Les combats d’Absolver ne ressemblent en rien à un beat them all classique comme Bayonetta ou Devil May Cry car on se bat généralement contre un, deux ou trois adversaires simultanément dans des rixes plutôt lentes. Sloclap favorise la patience et la technique face à la violence pure et dure grâce à un gameplay adapté et rudement complet. Si le titre d’Ubisoft est mentionné auparavant c’est parce qu’il a servi de sujet d’étude en fin de développement d’après un membre du studio rencontré durant la gamescom. Absolver propose un système de posture comme For Honor (on pourrait aussi citer Chivalry ou Of Kings and Men) mais améliore la formule en tout point. Votre héros possède quatre positions de départ puis peut enclencher un coup à partir de cette tenue. Inspirés de divers arts martiaux, ces coups se réalisent et se terminent dans une certaine posture. Par exemple, un coup de poing du droit très intense peut faire démarrer votre jambe droite en arrière puis votre animation peut se finir avec ce même pied en avant, ce qui implique ensuite un enchaînement totalement différent car votre posture a changé. Absolver part donc du principe où chaque coup peut vous faire changer de posture et offre donc un système complet de combinaison d’attaque.

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On fait parfois de belle rencontre

Comme le malaimé Remember Me, un éditeur intuitif et bien touffu est disponible pour éditer ses choix de successions d’attaques et définir plusieurs decks de mêlée. Vous pouvez créer jusque quatre paquets par posture et chacune peut accueillir jusque trois coups simples et un puissant. Les séquences d’attaques autorisent l’existence de boucles infinies afin d’enchaîner les ennemis comme un bourrin du moment que vous ne vous faites pas contrer ou que vous ayez suffisamment d’endurance. Les combats sont donc très tactiques car vous avez la possibilité de connaitre toutes les attaques existantes de par votre expérience, il faut donc prendre son temps et doser l’adversaire. Il arrive souvent de prendre de la distance pour changer de posture car on sait mieux la maîtriser ou simplement attendre que sa jauge d’endurance se remplisse à nouveau. Pour mieux vous en sortir, Absolver propose bien entendu tout l’attirail d’un vrai jeu de baston avec un système de contre, d’esquive, de cancel (annuler une combinaison de coups) et de pouvoirs. Ces derniers s’octroient en éliminant les différents boss et vous donnent accès à des améliorations comme une augmentation de votre défense (votre vie baisse moins) ou des choses plus exotiques comme un rehaussement de la gravité ou un étourdissement temporaire. Le déclenchement de ces capacités n’est possible qu’après avoir chargé l’un de ses cristaux grâce aux coups portés durant un affrontement, le jeu récompense les initiatives et le beau geste malgré sa relative lenteur.

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D’autres couches de gameplay viennent compléter ce tableau déjà bien rempli. En plus de savoir combattre avec ses mains, notre personnage pourra débloquer des sortes de poings américains et une épée après avoir battu Kuretz ou le couple Kilnor et Cargal (il s’agit des boss rouges sur la carte). Même si l’utilisation d’armes blanches est autorisée durant tout le jeu, celles-ci ne se trouvant qu’à des points précis, ce déblocage après avoir battu le boss permet d’en faire apparaître une dans nos mains à tout moment, contre quelques cristaux. L’art de manier ces objets change radicalement et offre une palette de coups différents à configurer dans l’éditeur d’attaque. D’autre part, les nouveaux coups s’apprennent au fur et à mesure de votre aventure afin de compléter et améliorer votre style de combat. Le système d’apprentissage est très bien pensé car il vous force à contrer ou esquiver les charges des autres combattants. Petit à petit, vos connaissances augmentent et une fois un palier atteint, ce que vous avez appris est disponible et donc utilisable dans vos decks. Pour aller plus loin, il existe des écoles de combat que vous pouvez rejoindre afin de découvrir de nouveaux coups uniques et baser votre style dans une tout autre direction (j’ai terminé le jeu avec le style de « l’homme bourré » par exemple.) Et ce n’est pas fini car il existe aussi des niveaux à déverrouiller avec de l’expérience, des objets à ramasser pour améliorer votre personnage (épaulières, coudières, pantalon, etc.) et même un système de réputation pour l’école dans laquelle vous allez afin de la faire monter dans le classement grâce à vos exploits.

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Encore une défaite en 1 contre 1…

Absolver propose une aventure à la carte où chacune et chacun peut jouer comme il l’entend. Pour suivre ce principe, le titre n’oriente personne dans telle ou telle direction et laisse le joueur vivre sa propre expérience. Comme le monde est totalement ouvert, libre à vous de faire ce que vous voulez. Si vous souhaitez foncer sur les boss, vous pouvez très bien le faire mais vous risquez de souffrir faute de coups débloqués ou d’acquis absents. Même si le jeu se prête volontiers à ce genre de pratique (on a hâte de voir des speed runs), cela serait fort regrettable de passer à côté des régions modélisées d’une main de maître. Le level design lorgne parfois du côté du génie de Nintendo et From Software avec des environnements somptueux où règne une règle que seuls les grands savent faire : tout ce que vous voyez est visitable. Une grande tour au loin ? C’est la tour où se situe Risryn. Un énorme Colisée en ruine tout là-bas ? Marchez dix minutes et vous y êtes. Ce n’est pas aussi majestueux que les noms cités juste avant mais il est rare de se perdre une fois les sections visitées quelques fois (sauf peut-être la carte avec le niveau penché). Cette réussite ne frustre donc pas le joueur face à l’absence de carte, ce qui a tendance à rendre les randonnées et les rencontres très plaisantes plutôt qu’irritantes. Les aspirants Absolver du monde sont plutôt enclins à vous filer des pains plutôt qu’un câlin mais il n’est pas rare d’en croiser des plus sympathiques. Si les élèves contrôlés par l’IA vous attaqueront sans ménagement, les autres joueurs humains peuvent se révéler être de très bons alliés. Comme Journey, Absolver vous met en relation avec d’autres aventuriers sans un seul geste de votre part (c’est désactivable si vous le souhaitez), ce qui permet de vous entraider ou simplement vous mettre sur la tronche. Une roue d’action et de communication est mise à disposition afin de proposer une union temporaire, déclencher un combat singulier dans une arène ou simplement faire un signe comme « Bonjour » ou « Merci ». Il m’est arrivé plus d’une fois de tomber face à un joueur dans un combat, de l’aider puis de le saluer avant que nos chemins ne se séparent cinq minutes plus tard après avoir fait tomber un boss.

Absolver

Malgré des soucis récurrents et handicapants (vous verrez cela dans les vidéos que je vous propose), Sloclap suit son bébé depuis fin août, l’améliore et le corrige d’après les retours des joueurs afin de créer l’expérience ultime du jeu de combat. Très complet sur son contenu avec des tonnes de choses à débloquer, des salles cachées et des modes multijoueur à foison, Absolver propose de nombreuses heures de jeu à votre portée. Contrairement à ce que l’on a appris depuis des dizaines d’années, la baston n’est qu’un enchaînement rapide et précis de boutons, cela peut aussi être une danse macabre, lente, poussive et belle. Comme les arts martiaux en fait.

Fiche du jeu

Titre : Absolver
Style : Combat
Développeur : Sloclap (France)
Éditeur : Devolver Digital
Sortie : 29 août 2017
Plateformes : Windows et PlayStation 4
PEGI : 12 (violence)
Prix : 30€
Langues : Français pour tous les textes
Site officiel : http://absolver.com
Informations à jour au 16 septembre 2017

Let’s play d’Absolver

Il s’agit d’une playlist complète de six vidéos.

Notre avis final sur Absolver

Voyez Absolver comme le premier Martial Art Simulator, c’est-à-dire un titre plus axé sur la tactique que l’action frénétique. Sloclap a réussi à retranscrire la sensation d’un vrai combat à mort où on peut passer plus de temps à observer son adversaire qu’à le taper car dès qu’un ouverture se fait, une erreur est commise, la sanction arrive immédiatement. L’expérience de cette aventure est très plaisante et grisante, on prend un grand plaisir à y retourner distribuer des pains.

Les plus : un système de combat complet et intuitif / fonctionne parfaitement sur une machine modeste / différents styles de combat / aucun chargement une fois le jeu lancé / du loot équilibré / une grande rejouabilité

Les moins : quelques bugs venant gâcher le plaisir / le secteur penché / le sixième Marqué totalement caché

Recommandé

Testé à partir d’une version commerciale sur PC Windows et Steam. Le jeu nous a gentiment été envoyé gratuitement pour le tester après l’avoir découvert durant la gamescom. Temps de jeu entre 8 et 9 heures. Captures vidéo et d’images réalisées par moi-même.

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