Lassés par les multiples productions AAA qui fleurissent au sein du paysage vidéoludique, essoufflés par leur manque de créativité conformiste, on se surprend parfois à zieuter notre écran d’ordinateur d’un œil vitreux. C’est alors que sort, dans le plus grand des silences, Apocalipsis : Harry at the end of the world, développé par le jeune studio polonais de Punch Punk Games. S’inspirant de gravures et peintures d’artistes moyenâgeux pour composer sa direction artistique, Apocalipsis est un Point&Click qui ambitionne de nous faire vivre une expérience aussi malsaine qu’inoubliable, au parfum de fin du monde.

Voilà de quoi nous mettre dans le bain

Visuellement fou

Plus qu’un jeu, Apocalipsis est une véritable gâterie rétinienne, qui met en avant des tableaux magnifiques, aux couleurs fanées et sans vie. Emplis de symboles, ceux-ci dépeignent nos angoisses les plus archaïques, en nous transportant dans des décors déchirés par la guerre et la famine, qui mettent en scène un moyen-âge en perdition. Emprunt de fantastique, le jeu nous fait rencontrer des créatures chimériques aux dents longues, des morts-vivants qui semblent régner en maître dans cet univers agonisant, mais aussi des bourreaux tout à fait humains, qui accomplissent différentes tortures et exactions avec une froideur implacable. La mort est omniprésente et projette une impression de malaise permanent chez le joueur, coincé dans une posture ambivalente, alternant entre le sentiment de dégoût qu’il se doit de ressentir et la fascination morbide.

Apocalipsis
Glauque

Apocalipsis n’est-il pas finalement le reflet de notre propre violence et de nos peurs (la mort, la dévoration) les plus profondes ? Ne vient-il pas aussi questionner une forme d’individualisme exacerbé face à un cataclysme majeur ? Effectivement, Harry, le héros de notre histoire qui cherche à sauver sa dulcinée, va être le témoin de moult horreurs, d’un regard désincarné et sans émotion, n’hésitant pas à voler ou à instrumentaliser autrui pour accomplir sa quête d’amour. À noter qu’Apocalipsis est un jeu mutique ; c’est-à-dire que les différents protagonistes participant à l’aventure ne prononceront pas un seul mot, préférant un langage non-verbal plus primitif. Seules les fins de chapitre sont accompagnées d’une voix-off grave et résonnante, qui nous permet d’éclaircir quelque peu le background de cette épopée mortuaire, dont le scénario est initialement assez nébuleux. La musique, quant à elle, bien que peu mémorable, renforce l’anxiété du joueur, grâce à des thèmes sombres et inquiétants.

Apocalipsis
Le fameux homme-tronc

Des mécaniques de jeu basiques

Pour progresser, Apocalipsis présente des mécaniques de Gameplay simplissimes. D’un clic on ramasse un objet, d’un autre clic on sélectionne ledit objet dans notre maigre inventaire, et on cherche à le combiner avec un élément du décor. Rien de très novateur donc. Si la majorité des énigmes est relativement facile et logique, les développeurs de Punch Punk Games ont tout de même concocté quelques puzzles assez retors, qui obligeront le joueur à se creuser un peu plus les méninges. Pour rompre la monotonie dans laquelle peuvent tomber certains Point&Click, l’aventure est entrecoupée de passages plus « arcades » durant lesquels Harry doit, par exemple, éviter des tirs de canon pour sauver sa peau. L’idée, pas mauvaise au demeurant, est maladroitement mise à exécution et n’apporte pas grand-chose au jeu. Heureusement, ces moments restent peu nombreux, ce qui évite donc de tomber dans une redondance malvenue, durant les deux courtes heures qu’il faudra pour venir à bout de cette tortueuse expérience.

Apocalipsis
Une énigme corsée

Notre avis final sur Apocalipsis

Grâce à sa direction artistique étonnante et époustouflante, Apocalipsis apporte un vent de fraîcheur à la scène du jeu indépendant. Il est toutefois dommageable que cette créativité ne s’étende pas au Gameplay présentant un abord très classique, avec des énigmes à l’inspiration inégale. Il n’en reste pas moins un jeu que je conseillerais aux esthètes à la recherche d’un graphisme nouveau, et moins aux joueurs aguerris.

Les plusLa direction artistique unique/L’ambiance malsaine/Une narration muette mais efficace

Les moins : Des énigmes inégales/Les passages “arcades” ratés/Très court

À découvrir

Testé à partir d’une version commerciale sur PC. Jeu terminé en environ 2 heures. Captures d’images réalisées par moi-même.

 

Fiche du jeu

Titre : Apocalipsis
Style : Point&Click
Développeur : Punch Punk Games (Pologne)
Éditeur : Klabater, WhisperGames
Sortie : le 28 février 2018
Plateformes : PC
Prix : 6.99€ sur PC
Langues : textes en français et voix en anglais
Site officiel : http://punch-punk.com
Informations à jour au 9 mars 2018

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